Bronislaw Komorowski invité aux cérémonies du 8 mai 2013

La visite de Bronislaw Komorowski, Président de la République de Pologne, qui a eu lieu les 7 et 8 mai 2013 n’a guère été commentée par la presse française.

C’est bien dommage, car bien des formules employées par le Président de la République Française le 7 mai semblent montrer que cette visite est l’aboutissement d’une avancée considérable dans la prise de conscience par la France que le point le plus faible de la politique de l’Union Européenne est celui de sa politique militaire.  . Les progrès  actuels  en matière de prise de conscience de la nécessité de construire une défense européenne commune ne peuvent  donc que satisfaire l’ensemble des courants de l’opinion publique en Pologne, ce qui explique qu’à la différence de la presse française,  la presse polonaise de diverses tendances les a salués dans les articles publiés dès le 7 mai 2013.

Il semble  aussi que les journalistes français continuent à être fort ignorants des raisons pour lesquelles, à défaut d’avoir été invité aux cérémonies du débarquement en Normandie, le Président polonais avait tout à fait sa place dans une commémoration  de l’armistice du 8 mai 1945.  Dans les maigres évocations historiques qui ont accompagné la transmission de la cérémonie sur les Champs-Elysées et à l’Arc-de-Triomphe sur France 2,  aucune mention n’a été faite du fait qu’une brigade blindée de l’armée polonaise  sous les ordres du gouvernement polonais  en exil s’est reconstituée  en France en 1939, qu’elle s’est entraînée sous les ordres du général de brigade Stanislaw Maczek à  Coëtquidan et qu’elle a combattu aux côtés des Français en juin 1940. Aucune mention de la participation des Polonais à la Résistance française. Il n’y a pas eu non plus mention de la participation conjointe du corps expéditionnaire français et du deuxième corps de l’armée polonaise  conduit par le Général Anders à la bataille du Mont-Cassin en mai 1944. Et encore moins d’évocation du débarquement du premier corps de l’armée polonaise sous les ordres de Stanislaw Maczek devenu Général d’armée, en juin 1944  en Normandie, ni de sa participation aux opérations militaires de la Poche de Falaise!

La cérémonie du 8 mai 2013 a été une nouvelle occasion pour les journalistes français de rappeler le soulèvement du Ghetto de Varsovie en avril 1943,  mais l’insurrection de Varsovie d’août 1944 n’a pas été évoquée. Il y a eu mention du massacre de Katyn, ce qui est un grand progrès, mais cette mention a été l’occasion d’une bourde  mémorable, puisque le journaliste qui a évoqué le massacre des officiers et des intellectuels polonais  nous a expliqué que, face à l’avancée allemande, l’URSS  a choisi de massacrer ces élites polonaises au lieu de les évacuer vers l’intérieur des terres. Ces officiers et ces intellectuels ayant été massacrés au printemps 1940, alors que la fraîche alliance entre l’Allemagne et l’URSS était toujours au beau fixe, le risque d’une avancée allemande ne concernait pourtant que les états à l’Ouest de l’Allemagne, ce que des journalistes français devraient quand même savoir!

Dans les liens historiques entre la France et la Pologne, les journalistes de France 2 ont mentionné l’émigration politique polonaise du 19ème siècle, ainsi que les centaines de milliers d’immigrés venus en France avant 1939 pour des raisons économiques. Mais les descendants de l’émigration politique polonaise qui ont choisi de venir  en France en 1945 ont été oubliés.

Cependant, comme la CFP est optimiste, elle ne boudera pas son plaisir de pouvoir publier ici quelques photos d’amateur prises le 7 mai sur un des trottoirs des Champs-Élysées.

        

Leur auteur les faisait en pensant aux dernières lignes des mémoires de Jan Nowak, dans Courrier de Varsovie, Ed. Gallimard 1983: « Je me souviens du V-Day – le jour de la victoire sur l’Allemagne – à Londres. Nous étions tous deux à Piccadilly Circus, amers et tristes, perdus dans la foule qui chantait et dansait, ivre de bonheur et de joie. Nos soldats n’accompagnaient pas les troupes d’une dizaine de nations dans le grand défilé de la victoire qui s’étirait ce jour-là dans les rues de Londres inondées de soleil, et il n’y avait pas de drapeau polonais. »

Il pensait aussi aux dernières lignes de En guerre et en paix : journal de 1940-1944, Éd. Noir sur Blanc 1991, journal des années de guerre qu’Andrzej Bobkowski a passées en France. Bobkowski y  raconte la crise de sanglots qui s’est emparée de lui le 25 août 1944 sur le pont d’Austerlitz à Paris,  quand il a  vu arriver un long cortège d’ambulances conduites par de pimpantes jeunes femmes américaines, alors que simultanément  Varsovie insurgée était  saignée homme par homme et détruite pierre par pierre. Il  s’en expliquait à l’une des ambulancières ainsi: « Je suis polonais et je pense à Varsovie – dis-je à voix basse. – Ici, ils peuvent être heureux, à nous cela n’est pas encore permis. » Cette permission ne sera donnée aux Polonais que 45 ans plus tard, le 19 août 1989, quand le Parlement polonais issu d’élections quasi-libres nommera comme Premier Ministre Tadeusz Mazowiecki, une personne issue des rangs de Solidarnosc et non un membre du Parti Communiste Polonais.

En somme,  c’est avec presque 70 ans de retard que l’on a pu voir ce que Jan Nowak ou Andrzej Bobkowski  auraient aimé voir le 8 mai 1945 : le drapeau polonais sur les Champs-Elysées!

Puisque que la presse française semble préférer les questions de politique économique et  culturelle  aux questions de politique militaire, puissent ces remarques de la CFP et les reproches que les  journalistes polonais ont faits à leurs  collègues de France 2 en ce 8 mai 2013 être suivis d’une amélioration en ce qui concerne la connaissance de l’histoire, une composante essentielle de la  culture indispensable  au citoyen pour comprendre, et encore plus indispensable au journaliste pour expliquer l’attitude  de la Pologne face aux défis d’aujourd’hui !

WordPress theme: Kippis 1.12