Le Musée d’Histoire des Juifs Polonais : un projet éducatif

Zofia Mioduszewska
Spécialiste en éducation
Musée d’Histoire des Juifs Polonais

zmioduszewska@jewishmuseum.org.pl

La jeunesse polonaise  à la découverte de l’histoire de la communauté juive de Pologne : le projet éducatif du Musée d’Histoire des Juifs Polonais

Version PDF avec des notes et de nombreuses photographies  ICI 

Les attitudes de la jeunesse polonaise à l’heure actuelle

Au mois d’avril 2013, à l’occasion des célébrations du 70ème anniversaire du soulèvement du ghetto de Varsovie,  le Centre de recherches sur les préjugés  de l’Université de Varsovie a fait une étude commandée par la communauté juive de Varsovie et dirigée par le jeune chercheur Michael Bilewicz. Cette étude, dont les résultats ont  fait une très grosse impression sur l’opinion publique, a été réalisée sur un échantillon représentatif de 1.250 élèves de 20 lycées et écoles techniques de Varsovie – la moyenne d’âge était de 17 ans et demi. Ces résultats ont en effet montré qu’un lycéen de Varsovie sur deux serait mécontent s’il découvrait qu’il y a une personne d’origine juive dans sa famille et qu’un élève sur quatre pense que l’insurrection dans le ghetto de Varsovie s’est achevée par la victoire des insurgés. Presque deux tiers des élèves ont constaté qu’ils seraient mécontents d’avoir une copine/un copain juive/juif.  La moitié trouvait que les Polonais ont aidé les Juifs de façon suffisante pendant l’insurrection dans le ghetto ainsi qu’en dehors du ghetto. Presque la moitié considéraient que les Polonais ont autant souffert que les Juifs  pendant la deuxième guerre mondiale, alors que, dans les faits,  90% des Juifs ont été assassinés et que 10% des Polonais sont morts. Un élève sur quatre pense même que les Polonais ont plus souffert que les Juifs. Michal Bilewicz a tiré de ces résultats la conclusion suivante : « La conscience des élèves concernant l’histoire de Varsovie est extrêmement faible, ce qui semble malheureusement être le reflet du niveau de l’enseignement dans nos écoles. Ce manque de conscience historique  correspond à une aversion pour les Juifs ».

Il me semble utile de nuancer ces conclusions en faisant remarquer que les attitudes des jeunes Polonais à l’égard des Juifs diffèrent selon les  régions de Pologne et selon  les familles et qu’elles dépendent aussi  de l’éducation donnée par l’école, de la rencontre avec  des enseignants impliqués dans des projets éducatifs liés à l’histoire, ainsi que de  l’attitude des autorités locales envers les nouveaux projets éducatifs.

On peut aussi s’interroger sur le lien entre les résultats de l’enquête de 2013 et le niveau des connaissances sur l’histoire de la Pologne ainsi que  le niveau de la conscience historique. En effet, d’une part, les chercheurs soulignent que les élèves qui trouvent que l’insurrection dans le ghetto était un événement peu important et que l’aide apportée aux Juifs était suffisante sont aussi ceux seraient mécontents de la présence de Juifs dans leur entourage. D’autre part, la méconnaissance de l’histoire des Juifs Polonais correspond à une méconnaissance de l’histoire de la Pologne en général, puisque 40% des élèves interrogés pensent que l’insurrection de Varsovie en 1944 s’est également terminée par une victoire.

Les résultats scolaires des répondants étant bons (seulement 14% d’entre eux avaient de mauvaises notes en histoire), on pourrait penser que l’école polonaise enseigne mal. Je pense plutôt qu’elle est peu efficace dans le domaine de l’éducation sur la Shoah. En effet, les chercheurs ayant également étudié le thermomètre des émotions envers les Juifs (colère, sympathie, sentiment de culpabilité, honte, estime,  ressentiment), ils ont noté que, en général,  les répondants n’ont pas déclaré d’émotions fortes envers les Juifs.  En revanche, ils ont noté que plus de la moitié de ces jeunes n’a jamais rencontré de Juif et que  plus les élèves connaissent de Juifs, plus ils sont ouverts au contact et plus ils éprouvent de  sympathie pour eux. Ceci tend à montrer que le nombre d’heures consacrées à l’éducation sur la Shoah n’a  guère d’influence sur les émotions et réactions des jeunes. En revanche, les contacts personnels avec les Juifs sont plus efficaces pour changer les attitudes des jeunes. C’est du moins ce que montre l’expérience de l’équipe chargée des activités éducatives du Musée d’Histoire des Juifs Polonais de Varsovie, qui a commencé à travailler sur ces questions bien avant l’ouverture  des portes du bâtiment au public.

Le projet éducatif du Musée d’Histoire des Juifs Polonais

Le Musée d’Histoire des Juifs Polonais n’est pas un lieu d’étude des attitudes des jeunes.  En revanche, nous faisons des évaluations de nos projets. Nous observons donc, non pas les attitudes des jeunes, mais l’impact de nos activités sur eux.

En 2007, nous avons étudié le quartier de Muranow et les attitudes de ses habitants à l’égard du projet de notre institution.  Les recherches étaient menées par le Centre de recherches sur les préjugés de l’Université de Varsovie. Pour les années à venir, le Musée prévoit de recommencer cette étude en partenariat avec l’Université de Varsovie pour observer les changements dans le quartier.  En ce moment, toujours en partenariat avec le Centre de recherches sur les préjugés, nous finissons une étude  sur l’impact du programme de visites  guidéessur les élèves à Varsovie.
En 2007, nous avions déjà constaté que,  si la Shoah était dans le programme scolaire depuis  10 ans et  que  si quelques thèmes juifs étaient présents dans le programme de base, l’histoire des Juifs polonais n’était pas assez présente dans l’école polonaise. C’est pourquoi, dès  la création du département d’éducation  du Musée d’Histoire des Juifs polonais en avril 2007, le Musée s’est engagé dans la mise en œuvre de projets et de programmes éducatifs pour les enfants et les jeunes.

Cette volonté de s’adresser principalement aux jeunes résulte de :

- la mission du Musée  comme institution éducative et culturelle qui aide à changer les mentalités et à lutter contre les préjugés et les stéréotypes qui sont encore présents,

- la nécessité d’élaborer des programmes qui parlent de l’histoire et de la culture juive, car les jeunes de  Pologne n’ont aucune expérience du multiculturalisme,

- la volonté de  populariser la connaissance du patrimoine juif, l’histoire et la culture des Juifs polonais,

- la volonté de développer un environnement favorable pour le musée et de créer un groupe de futurs collaborateurs potentiels.

Les expériences éducatives antérieures  dont le musée bénéficie

Avant 2007, d’autres organisations s’étaient déjà engagées dans des projets d’éducation parlant du patrimoine juif pour ce groupe d’âge.

- Fondée en 1988, la Fondation Shalom organise depuis 1993 un concours national de connaissances sur l’histoire et la culture des Juifs polonais qui a lieu tous les deux ans. Les gagnants ont accès à certains enseignements à l’Université de Varsovie et à l’Université Jagellonne.  Les sujets proposés au concours sont très variés : monographies des rues, rencontres avec des témoins, histoires des communautés locales et même enquêtes. Ainsi, il y a deux ans, un élève de Zielona Góra, Szymon Płóciennik, a fait une enquête parmi les élèves de son âge qui vont à l’école à Varsovie dans le quartier Muranow, le quartier où habitait la majorité de la population juive. Il leur a demandé comment ils voyaient ce quartier brutalement marqué par l’histoire et ce que cela leur faisait d’aller à l’école à l’endroit où il y avait le ghetto.

http://www.shalom.org.pl/

- Le Forum pour le Dialogue entre les Nations organise depuis 2008 une école de dialogue interculturel appelée: « École du Dialogue ». Elle comporte un atelier sur la culture et l’histoire des Juifs qui a lieu dans les écoles polonaises, des visites en ville et un projet réalisé par les élèves. La Fondation organise également des rencontres entre jeunes Polonais et jeunes Israéliens.

http://www.dialog.org.pl/

-  L’Association des Enfants de l’Holocauste (une organisation fondée en 1991 qui rassemble 600 Juifs Polonais qui étaient enfants pendant la guerre et vivent actuellement en Pologne) organise un concours pour les élèves de toute la Pologne depuis 2003. Pour ce concours, l’association travaille en collaboration avec l’ ORE (Centre pour le Développement de l’Éducation qui, entre autres actions culturelles, soutient les contacts entre écoles polonaises et israéliennes), avec l’Institut Historique Juif et avec le Musée d’Histoire des Juifs Polonais. Chaque année, on aborde un thème lié à l’histoire des Enfants de l’Holocauste et à l’histoire locale.
http://www.dzieciholocaustu.org.pl/

- L’Institut Historique Juif, institut de recherche qui a la garde des grandes archives juives, par exemple les archives Ringelblum, depuis 1992,  forme également des enseignants dans des cours d’histoire et de  culture des Juifs polonais. Cela lui  permet d’atteindre les enfants et les adolescents par l’intermédiaire des enseignants qu’il a formés.

http://www.jhi.pl/
– Le Centre pour l’ Éducation Civique organise des projets tels que: « Sefer – l’histoire des Juifs polonais » qui a été lancé en 2009.  Les élèves créent des livres de mémoire qui  recueillent des récits sur l’histoire des Juifs locaux, des photos, des documents et des entretiens avec des personnes qui se souviennent de leurs voisins juifs. Les étudiants et les enseignants recréent la topographie urbaine d’avant-guerre, recherchent les lieux d’anciens magasins juifs, les lieux de culte et les cimetières. Ils apprennent également la culture juive. Les activités sont décrites sur des blogs et des sites de réseautage social. L’objectif du projet Sefer était de prendre soin des monuments de la culture juive, en premier lieu des cimetières laissés à l’abandon. C’est pourquoi, pendant les ateliers, les jeunes apprennent comment prendre soin des monuments selon la loi juive, et comment promouvoir leurs activités. Le Centre décerne aussi le prix  Irena Sendler « Pour réparer le monde », un prix créé en 2006 dans le but d’honorer les enseignants qui éduquent dans un esprit de tolérance et de respect d’autrui, incitent à agir  conformément à cet esprit et  jouent un rôle actif dans leur école et leur communauté.

http://www.ceo.org.pl/

- L’ORE (Centre pour le Développement de l’Éducation) organise des cours de formation des enseignants et  facilite les contacts entre les enseignants polonais et israéliens. L’ORE  collabore avec  un réseau de 22 coordinateurs régionaux de l’enseignement de l’histoire et de la culture des Juifs. Ce réseau a été constitué en 2006. L’ORE a alors  posé le principe qu’en offrant un perfectionnement à des éducateurs  et des enseignants impliqués dans la mise en œuvre de projets sur le thème  juif, il  pourra créer dans tout le pays  un réseau de soutien professionnel pour  les enseignants chargés d’enseigner l’histoire et la culture juive.

http://www.ore.edu.pl/

Les activités éducatives propres au Musée d’Histoire des Juifs de Pologne

Le Musée, s’inspirant de l’exemple de ses prédécesseurs, a proposé les activités suivantes:

- «Nous sommes ensemble » / «We stand together »
Il s’agit d’une réunion annuelle de jeunes à Treblinka et dans la ville voisine de Kosow Lacki. Des adolescents d’Israël, au nombre d’ environ 300, se réunissent avec autant de jeunes Polonais.  En même temps, les maires des villes polonaises d’où partaient les transports de Juifs se réunissent et discutent ensemble. En 2013, une vingtaine de jeunes de Brześć, ville de Biélorussie, ont également participé à la rencontre. La réunion est organisée par le Ministère israélien de l’Education Nationale et le Musée d’Histoire des Juifs Polonais pour des enfants venant d’écoles ou de cités où les parents israeliens n’ont pas les moyens de payer le voyage.

Il convient ici de comparer la recherche qui a été faite en octobre 2012 pour le Musée de Kosów Lacki avec la recherche d’avril 2013 mentionnée au début de cet article. Cette recherche avait été faite par l’entreprise « inter-views badania spoleczne » sur un échantillon de 470 lycéens d’Israël et de  Pologne, avec un formulaire  à remplir avant et un autre après l’atelier. Elle montre que les résultats sont fort différents quand la recherche est précédée d’ateliers, de  conversations et d’une vraie rencontre multiculturelle.

Pour explorer  le degré de connaissance du pays, les chercheurs ont demandé quelles sont les représentations  des jeunes Israéliens  sur la Pologne et celle des jeunes  Polonais sur Israël, comment ils imaginent les habitants de ce pays et ce qu’ils savent à propos de termes « antisémitisme » et « antipolonisme ». Les résultats ont montré que les jeunes polonais voyaient Israël à travers le prisme de la religion et de la culture, tandis que les adolescents israéliens voyaient la Pologne surtout à travers celui de la Shoah.

Dans les deux groupes, les informations venaient surtout de la famille, en deuxième lieu de l’école et en troisième lieu des medias. La connaissance réciproque a augmenté après l’atelier : ainsi ces jeunes pouvaient citer plus de personnes célèbres pour chacun des deux pays. Les Polonais citaient 36 noms avant l’atelier et 63 après. Après l’atelier, ils ont pu citer des noms d’hommes politiques comme Shimon Peres et Benjamin Netanyahu, mais aussi celui de Jésus ou des noms de sportifs. Le Polonais le plus connu des Israéliens était Janusz Korczak, en deuxième lieu apparaissait Frédéric Chopin, en troisième les sportifs et Marie Curie; quant à Karol Wojtyła,  son nom n’est apparu qu’après l’atelier.

L’étude a aussi porté sur les opinions sur l’autre et surtout sur le sentiment de proximité/ intimité. Ce dernier a été évalué par une question portant sur le fait d’avoir  un petit ami/ une petite amie ainsi ou d’avoir un membre de la famille venant de l’autre peuple. S’il s’agit des Polonais, l’envie d’avoir un partenaire juif est passé de 63% avant l’atelier à 69% après l’atelier, et l’envie d’avoir un Juif dans la famille de 81% à 89%.  Les Polonais se sont montrés plus ouverts après l’atelier,  tandis que les Israéliens, qui étaient un peu plus réservés, avaient les mêmes opinions avant et après l’atelier: 44% acceptaient d’avoir un partenaire polonais et 66% un Polonais dans la famille. Les chercheurs ont aussi examiné comment les élèves voyaient les traits de caractère de l’autre nation. On peut observer l’augmentation des opinions positives des deux côtés : les Israéliens et les Polonais ont jugé l’autre plus ouvert,  amical, tolérant, moderne, modeste ou entreprenant après l’atelier. On a aussi posé des questions concernant l’antisémitisme et l’antipolonisme. Pour l’antisémitisme, le résultat était le suivant: 40% des Polonais ont déclaré  avoir rencontré un tel phénomène, dont 24% sous forme de graffitis sur les murs,  et seulement 25% ont déclaré qu’ils n’avaient jamais rencontré d’antisémitisme, tandis que 75% des Israéliens ont déclaré qu’ils n’ont pas rencontré d’antisémitisme en Pologne, dont 15 %  dans les graffitis sur les murs. Pour la question : est- ce que l’antisémitisme est un problème sérieux, 51% des Polonais et 32% des Israéliens ont déclaré que oui. Quant à l’antipolonisme,  les Polonais ne connaissaient pas le phénomène. En revanche, 75%  des Israéliens le connaissaient et 32% ont déclaré qu’il était important.

- « Jednodniówki » : des journées de rencontre de jeunes
Tous les ans, 30 000 jeunes Juifs d’Israël, des États-Unis, du Canada, d’Australie, de France et d’autres pays viennent en Pologne. Ils viennent dans un pays qu’ils perçoivent souvent comme le cimetière du peuple juif et cette visite est pour eux une expérience douloureuse. Pour éviter que ces visites ne renforcent le ressentiment à l’égard de la Pologne, à partir de  l’année 2008/2009, le Musée a organisé des dizaines de réunions d’une journée dans les écoles. Chaque année, 1.500  Israéliens (soit 20% des visiteurs) et 2.000 Polonais y participent. Lors de cette journée, les jeunes Polonais et les jeunes Israéliens discutent de la vie quotidienne ainsi que des éléments de l’histoire et de la symbolique de leur pays. Actuellement, considérant que les enseignants sont en contact entre eux et que  les écoles peuvent communiquer sans passer par lui, le Musée ne s’occupe plus de ce projet et ne réalise plus que la rencontre annuelle à Treblinka.

- « Polin Webfusion »Conception de Blogs

Au cours de ce projet, les jeunes de différentes villes polonaises et israéliennes ont réalisé des blogs communs relatifs à l’histoire du sauvetage des juifs pendant la guerre. Le Musée a incité les étudiants à rencontrer des témoins de la Shoah. Les jeunes Polonais ont rencontré et interviewé des Justes parmi les Nations, alors que les Israéliens parlaient avec des Juifs sauvés par des Polonais. Les Polonais qui ont créé le meilleur blog sont allés en Israël, les Israéliens visitant la Pologne. Voici quelques résultats de cette coopération:

http://www.sprawiedliwi.org.pl/pl/cms/blogi/

- PIYE (Rencontres interculturelles entre les jeunes)

Ce projet, qui est le plus ancien programme mis en œuvre par le Musée d’Histoire des Juifs Polonais, repose sur un échange d’étudiants. Une dizaine d’étudiants polonais et autant d’étudiants israéliens sont impliqués dans le projet. Les Israéliens viennent en Pologne pour un voyage d’études. Souvent, ils réalisent un projet commun de film ou d’interview. Puis les jeunes Polonais partent en bourse de trois mois à Tel-Aviv et vont à l’université. Le programme est basé sur le principe d’une action interculturelle créatrice visant à surmonter les préjugés et à créer les bases d’un nouveau  regard sur les relations polono-juives. Ce projet permet aux jeunes d’acquérir des connaissances sur les multiples facettes de l’histoire des deux nations et sur la culture contemporaine.

– Les projets artistiques

Nos concours artistiques ont pour but de faire explorer l’héritage juif des villes polonaises. Le concours se termine tous les ans par un événement en plein air, sous forme d’ exposition dans la ville. À chaque fois,  le concours a suscité beaucoup d’intérêt et nous avons reçu des centaines d’œuvres venant des écoles primaires, des collèges et des lycées.

Liste des concours:

- 2008 « Mon Muranow »: les jeunes y ont découvert le quartier proche du musée, c’est-à-dire l’ancien Quartier Nord de Varsovie.

- 2009 « Mon Muranow – mon Prague »: dans cette édition nous avons parlé de la rive droite de Varsovie et de son histoire juive.

- 2010 « Mon Muranow – mon Kazimierz »: nous avons commencé à travailler dans d’autres villes,  en partenariat avec le Musée juif de Galicie à Cracovie.

- 2011 « Mon Muranow – mon Bałuty »: ce concours a été organisé en collaboration avec ms² , le musée d’art moderne de Lodz, et a permis de faire explorer l’héritage juif de cette ville.

Les autres projets

- Le concours documentaire: «Nos amis de l’école, nos amis du quartier » était  un projet artistique qui a amené les jeunes de toute la Pologne à conduire des entretiens avec des personnes âgées de leur ville au sujet de leurs voisins juifs.
– Des projets à long terme, tels que « Les élèves découvrent Muranow », ont permis de travailler avec les écoles du quartier autour du Musée, mais aussi  avec d’autres  écoles de Varsovie. Il y a eu environ 200 ateliers, avec des réunions dans les écoles, des promenades en ville et des ateliers éducatifs sur les archives clandestines Emanuel Ringelblum.

- Il y a eu aussi des projets liés aux fêtes juives, à des pratiques  artistiques comme le théâtre ou la musique  et  aux événements  urbains. Nous avons pris part à des manifestations et des activités  organisées par la ville de Varsovie comme « l’été dans la ville » ou « l’hiver dans la ville ».

Les moyens pour la réalisation des projets éducatifs

Pour la mise en œuvre de ces événements, le musée a bénéficié de subventions et du soutien d’entreprises privées comme Orange, Boeing, EVZ, ainsi que des donateurs privés Tomek Ulatowski et Ygal Orzechov. Actuellement, c’est grâce à une subvention de la Norvège que nous avons une offre permanente gratuite de plusieurs ateliers pour les écoles, à raison d’environ 30 ateliers par semaine.
Nos activités ont démarré sans bâtiment propre. Nous travaillions dans les écoles ou dans l’installation provisoire de l’art Ohel, dans des salles louées ou prêtées, et en plein air à la belle  saison. Nous réalisions alors le concept de musée sans murs qui  permettait  des réunions mobiles  et  spontanées avec le public. Parfois, nous avons organisé des ateliers pour de petits centres éducatifs et d’autres villes que Varsovie

Actuellement,  nous disposons d’un centre de formation moderne, avec quatre ateliers de réunion, un hall d’accueil et des installations propres. Mais nous continuons aussi à fonctionner à l’extérieur, avec une offre de randonnées, d’activités dans les écoles et de rencontres en ville.

Conclusion

L’expérience des activités éducatives du Musée d’Histoire des Juifs de Pologne montre que nous assistons à l’émergence d’une nouvelle génération de Polonais pour qui le contact avec l’histoire et la culture juive commence avec l’expérience des visites de musées, avec la réalisation de projets éducatifs et la participation à des concours.

Au cours des 10 dernières années, beaucoup de choses ont changé. Le thème de l’histoire des juifs est devenu omniprésent dans les médias, dans la littérature et dans la culture polonaise contemporaine. Les élèves de l’école primaire sont désormais éduqués par des parents mieux informés, mais aussi par des enseignants qui sont en mesure de répondre à leurs questions. En effet, le Musée organise des cours pour les enseignants qui deviennent ensuite des « ambassadeurs »  représentant  le Musée dans les régions. Le Musée fonctionne également au moyen  de sites Internet comme Facebook, Virtual Shtetl (http://www.sztetl.org.pl) ou Justes polonais (http://www.sprawiedliwi.org.pl/pl/cms/polscy-sprawiedliwi/) qui attirent beaucoup les jeunes. Nous avons environ 250 très jeunes bénévoles  qui ont entre 14 et 18 ans. Désormais, le Musée aura un espace ouvert dédié aux enfants ainsi qu’un café pour les jeunes et les étudiants.  Les jeunes intéressés par la culture juive peuvent donc continuer à développer leur passion en étudiant des disciplines universitaires comme les études hébraïques,  les études juives, l’étude du yiddish, ou bien en participant à des ateliers qui permettent de changer l’espace et l’identité de la ville  grâce aux peintures murales  et aux jeux urbains.

Pour la Pologne, ces projets éducatifs liés à l’histoire des Juifs polonais sont très importants, car ils permettent de combler un vide. Ce vide n’est pas seulement une conséquence  de l’Holocauste. Il résulte aussi de la politique de l’après-guerre. En effet, dans la période stalinienne, les activités des organisations juives ont été sévèrement limitées. La mémoire de la communauté juive a été arrachée du paysage social de la Pologne pour deux générations de descendants des témoins de l’Holocauste. Dans la même période, les communautés ruthènes du Sud-Est polonais ayant été dispersées à travers le pays au cours de l’action Wisla, cette même politique a aussi fait disparaître la mémoire de la culture ruthène. Ce double effacement a imposé une réduction brutale de la vie sociale à une seule dimension historique et politique et a privé les Polonais de l’expérience du multiculturalisme. La Pologne étant devenue un pays culturellement homogène après la seconde guerre mondiale, les attitudes antisémites y résultent d’un manque de connaissances : c’est un phénomène qu’on appelle « l’ antisémitisme sans juifs ». Or, un constat commun de la jeunesse pendant les réunions israélo-polonaises est: « Ils sont exactement comme nous « . Ces  rencontres sont donc, pour des jeunes  qui  n’ont  pas d’expérience quotidienne de la confrontation avec d’autres cultures, des occasions  de se familiariser avec « l’autre ».

 


WordPress theme: Kippis 1.12