Hommage à Janine Ponty à la Bibliothèque Polonaise

Le 5 octobre 2017,  la Bibliothèque Polonaise de Paris accueillait la Communauté Franco-Polonaise pour sa première soirée de conférences sur le thème de l’immigration polonaise en France autrefois et aujourd’hui ( voir le programme en PDF ICI )

Lors de cette soirée placée sous le haut patronage de Son Excellence Monsieur Tomasz Mlynarski, Ambassadeur de la République de Pologne, la CFP rendait hommage à Janine Ponty, historienne de l’immigration polonaise en France dans la période 1919-1939, qui nous a quittés le 9 février 2017.

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Le public venu en très grand nombre a été accueilli par Anna Czarnocka, responsable des collections artistiques de la BPP qui représentait le président de la Société Historique et Littéraire Polonaise en déplacement à  New-York en raison de ses obligations de Directeur de la Bibliothèque Polonaise, Christophe Jussac,  président de notre association, et Hubert Czerniuk, Consul de Pologne.  Ces derniers ont rappelé les liens d’amitié de Janine Ponty avec la Société Historique et Littéraire Polonaise et la Communauté Franco-Polonaise, ainsi que l’importance de son oeuvre qui traite d’un thème majeur dans l’histoire la Pologne puisque, à  partir de la fin du XIXème siècle, elle est devenue un pays d’émigration de masse vers l’Occident.

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Avant de donner la parole aux conférenciers,  la secrétaire générale de la CFP, Barbara Miechowka, a exprimé sa reconnaissance envers Janine Ponty  qui, peu avant d’être frappée par la maladie, lui  avait suggéré l’idée d’un cycle de conférences sur l’immigration polonaise en France autrefois et aujourd’hui, dans lequel il était d’ailleurs prévu que Janine Ponty  intervienne pour présenter le dernier ouvrage auquel elle avait collaboré : Polonaises aux champs, Lettres de femmes immigrées dans les campagnes françaises (1930-1935), édité en 2015. Puis ses remerciements sont allés à  Magdalena Glodek, la bibliothécaire de la BPP qui a composé une vitrine  présentant un ensemble d’ouvrages de Janine Ponty, depuis  le tapuscrit de la thèse de doctorat d’état sur l’immigration polonaise soutenue en 1985, jusqu’au  dernier livre publié en 2015. Enfin Barbara Miechowka a présenté les conférenciers, Gabriel Garçon, Monika Salmon-Siama et Maryla Laurent, tous les trois liés à l’Université de Lille III où la section d’études polonaises est presque aussi ancienne que la présence polonaise dans le Nord de la France et pour qui Janine Ponty a été un maître dont les travaux ont ouvert la voie vers de nouveaux modes d’études  de l’histoire de l’immigration polonaise en France.

Gabriel Garçon, auteur d’une thèse consacrée aux catholiques polonais en France de 1919 à 1949, s’est penché sur l’apport de Janine Ponty à la connaissance de l’histoire de l’immigration polonaise en France qui, avant elle, n’avait été étudiée que par des  historiens polonais. Il a montré que la thèse de Janine Ponty a permis de comprendre le rôle déterminant de la convention franco-polonaise du 3 septembre 1919 qui régissait l’arrivée massive de travailleurs polonais dans l’agriculture et dans les mines françaises. Une convention boiteuse qui, certes,  garantissait des droits  en matière de salaire, mais dans laquelle le partenaire fort, la France, dictait ses conditions au partenaire faible, la Pologne, et ne permettait guère de satisfaire les besoins culturels des nouveaux venus, notamment en matière  de vie religieuse et d’enseignement de la langue polonaise aux enfants. C’est pourquoi les immigrés polonais développeront leurs propres stratégies  pour y parvenir. Ainsi,  ils préfèreront envoyer leurs enfants dans des écoles privées créées par les houillères qui manifestaient une meilleure compréhension que les écoles publiques à  l’égard de la demande d’enseignement du polonais, dans le cadre de cours supplémentaires assurés par des moniteurs venus de Pologne. Ils finiront aussi par obtenir des paroisses françaises la présence d’aumôniers polonais.  Monsieur Garçon a conclu, non sans humour, que les préjugés sont tenaces puisque, malgré l’apport de Janine Ponty à  la connaissance des faits,  dans le Nord de la France, on continue toujours à  affirmer que les immigrés polonais étaient arrivés en France avec leurs propres instituteurs et leurs propres curés!

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Dans la discussion qui a suivi, Antoine Marès, spécialiste de l’Histoire de l’Europe centrale, a permis de mieux cerner l’itinéraire de recherche qui avait amené Janine Ponty à s’intéresser à l’histoire de l ‘immigration. Il a rappelé qu’après une recherche sur l’affaire Dreyfus qu’elle avait analysée, non comme une manifestation d’antisémitisme, mais comme une manifestation de xénophobie, elle a voulu tester  son hypothèse en étudiant l’accueil que la France  avait réservé à d’autres communautés étrangères récemment installées sur son territoire. Son choix s’est porté sur l’immigration polonaise parce qu’elle avait été la plus nombreuse.

Après Gabriel Garçon, ce fut le tour de Monika Salmon-Siama et de Maryla Laurent qui ont présenté les travaux les plus récents dans le domaine que Janine Ponty a défriché de façon magistrale.

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Auteur d’une thèse sur la mythologie chrétienne en Pologne médiévale qu’elle a défendue à  l’Université de Grenoble, Monika Salmon-Siama, en arrivant dans le Nord de la France,  y  a découvert un nouvel objet d’études, à  savoir les étendards des associations polonaises d’autrefois, qui  sont conservés avec piété, mais souvent dans de bien mauvaises conditions,  dans les paroisses polonaises ou dans les greniers d’anciens responsables de ces associations. Ces étendards sont donc difficiles d’accès pour le chercheur qui doit  déployer beaucoup de patience et de ténacité pour pouvoir identifier les lieux où ils sont déposés et ne serait-ce que les photographier avant qu’ils ne se perdent définitivement, tant ils sont parfois en mauvais état. Monika Salmon-Siama  a rendu hommage à  Janine Ponty qui l’a initiée à  un nouveau type de questionnement historique  permettant de retracer l’itinéraire de fabrication  de ces étendards dans des ateliers de tissage  lillois, d’après des modèles iconographiques venus de Pologne, dans lesquels on reconnait parfois des représentations connues des grands saints de l’histoire polonaise. C’est donc tout un patrimoine culturel polonais que ces étendards transmettaient dans les corons de France. Pour Monika Siama, la découverte de la richesse de ce patrimoine, à l’heure actuelle, pose de nouvelles questions : comment le conserver, voire le restaurer dans le cas de pièces magnifiques qui ont souffert de conditions de dépôt précaires?

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Enfin Maryla Laurent a présenté l’ouvrage collectif Polonaises aux champs. Lettres de femmes immigrées dans les campagnes françaises (1930-1935). Il s’agit d’une série d’études sur un ensemble de lettres conservées dans les archives d’Indre-et-Loire que des ouvrières agricoles adressaient en polonais à Julie Duval, inspectrice de la main d’oeuvre immigrée d’Indre-et-Loire dans les années 1930. Dans cet ouvrage, outre un choix de lettres traduites en français  et  des travaux d’analyse de leur contenu, on trouve un article de Janine Ponty qui décrit les difficiles négociations entre la France et la Pologne qui, en 1930, ont permis la création, en principe dans chaque département français, d’un Comité d’aide et de protection, doté d’une inspectrice appointée parlant polonais et ayant la possibilité de visiter les femmes polonaises en détresse dans les fermes où elles étaient employées. Maryla Laurent s’est plus particulièrement attachée à  présenter la remarquable personnalité de l’inspectrice  d’Indre-et-Loire, Julie Duval née Stachowicz, que ces lettres ont permis de découvrir. Il s’agit d’une personne originaire d’un milieu aisé de Lwow qui, après avoir obtenu  en 1894  l’équivalent du baccalauréat féminin de l’époque, fait des études,  entre autres à  la Sorbonne, et qui épouse en 1903 Maurice Duval, un Français dont on peut supposer qu’elle a fait la connaissance à  l’époque où il était lecteur de français à  l’Université de Lwow. Une figure intéressante de femme polonaise moderne, héritière des premières figures intellectuelles du féminisme polonais, que Maryla Laurent a qualifiée d’intellectuelle en action.

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