La Pologne et les Juifs: un exemple de désinformation dans la presse française

J’ai été amenée à lire avec attention une interview de Marek Halter conduite par Catherine Schwaab, intitulée « Marek Halter : qu’est-ce qu’être juif ? », qui a été publiée dans Paris-Match en fin septembre 2010, que l’on retrouve sur Internet ICI et qui a été signalée par des membres de l’association dont je suis secrétaire générale. Ces derniers étaient choqués par les propos que Marek Halter y tenait sur la Pologne. La question a donc été de comprendre à qui l’on devait imputer la responsabilité de propos effectivement déplaisants.

I. Ce que dit l’interview de Paris-Match

La journaliste, abordant le thème des préjugés anti-juifs qui existent à l’heure actuelle, pose à Marek Halter une question qui semble indiquer que l’existence de ces préjugés ne l’intéresse que s’il s’agit de préjugés polonais. En somme, elle choisit de sacrifier au rituel de ce quasi-pléonasme de la langue française : « antisémitisme polonais ». La réponse de Marek Halter se termine par une formule absurde, tant la caricature est poussée à l’extrême: « A Staline on pardonnera, avec le temps; pas aux Juifs qui ont soutenu Staline ». Mais la journaliste semble apprécier, au point qu’elle relance….

La seconde question de la journaliste, qui porte sur les éventuels besoins de revanche de Halter, confirme que cette personne n’est pas dépourvue de solides préjugés anti-polonais. Car, en une seule question et l’expression « vous qui, enfant, avez du fuir le ghetto de Varsovie ? Votre petite sœur en est morte. », elle utilise de vagues implicites qui orientent immanquablement le lecteur ignorant de la biographie de Marek Halter vers de fausses pistes. Je rappellerai donc les faits réels: en 1940, Marek Halter a pu sortir du ghetto de Varsovie grâce à l’aide de Polonais amis de ses parents et s’enfuir en URSS. Sa petite sœur, née à Moscou, est morte en Ouzbékistan à l’âge de trois ans des conséquences de la malnutrition dont ont été victimes beaucoup de citoyens de la République de Pologne rayée de la carte du monde à l’époque, qu’ils aient été juifs polonais ou catholiques polonais, quand les hasards de la guerre les ont mis sous le pouvoir de Staline. Il est d’ailleurs amusant de constater que, bien que la question ne précise pas envers qui porterait le besoin de revanche, Marek Halter comprend tout naturellement qu’il s’agit d’une revanche envers les Polonais.

J’ai été sensible au fait que Marek Halter est un peu gêné par cette seconde question de Catherine Schwaab et le manifeste par la formule : « Je ne fais rien pour la Pologne, mais je ne les charge pas. Je dis simplement que je suis né à Varsovie ». Cependant la contrainte que Catherine Schwaab impose par le contenu de sa question aboutit à un curieux paradoxe. En effet, outre son investissement dans l’aide apportée au syndicat Solidarność, Marek Halter a eu le mérite de mettre en valeur quelques Polonais exemplaires comme  Irena Sendler dans un film documentaire du début des années 1990 ou d’inciter Jean-Paul II à consigner par écrit ses souvenirs sur l’époque de l’Holocauste. Il  semble en devenir honteux au point de le cacher.  Pourtant l’état polonais a reconnu ses mérites car Marek Halter a été décoré en janvier 2008 dans les salons de l’Ambassade de Pologne à Paris par le Ministre de la Culture polonais, Bogdan Zdrojewski, qui honorait également l’ensemble de l’œuvre traduite en Polonais à partir de 1989,  et il avait semblé très ému de ce geste  à son égard! (Voir ICI)

La suite du propos de Marek Halter est décousue et semble montrer qu’il cherche à orienter sa réponse vers une nouvelle direction. Il fait d’abord un aperçu historique qui décrit en quelques phrases l’évolution des relations entre Juifs et Polonais de 1918 à 1939. Aperçu très allusif dans lequel il mêle des objections aux sous-entendus anti-polonais de Catherine Schwaab en évoquant des faits secondaires, comme celui des campagnes électorales où des hommes politiques polonais s’exprimaient en yiddish, avec des allusions à des faits historiques plus importants, à savoir les manifestations d’antisémitisme qui sont apparues quand les effets de la crise économique de 1929 sont arrivés jusqu’en Pologne. Puis il passe à un autre sujet, car il s’agit d’un descriptif de la situation présente.

En guise de conclusion, Marek Halter fait un nouvel effet rhétorique dont le sens est bien flou : « Les Polonais ne s’en sortiront jamais ». Le lecteur de Paris-Match ne saura jamais si Marek Halter a dit une évidence (à savoir que les Polonais ont désormais en héritage historique le poids de la disparition de la communauté juive de Pologne dont ils ne sont pas responsables et sont en quelque sorte devenus les gardiens d’un des plus grands cimetières de l’histoire de l’humanité) ou s’il a dit qu’ils refusent de faire l’examen de leur part de responsabilité dans des exactions commises avant 1939, à moins qu’il ne s’agisse d’un refus d’examiner leur part de responsabilité dans l’extermination des Juifs de Pologne, ce qui correspondrait à deux affirmations fausses.

Pourtant Marek Halter fait preuve d’un grand sens des nuances et d’une parfaite clarté du propos, quand il est interrogé par un journaliste polonais sur le même genre de sujet, à l’occasion de la Journée du Judaïsme de la ville de Lublin en janvier 2009 à laquelle il a participé (voir l’interview en langue polonaise que je joins  ICI et dont je traduis un passage dans la note (1), ainsi que la note de l’Ambassade de France à Varsovie qui rend compte de ce voyage ICI).

II. Ce que l’interview de Paris-Match ne dit pas

La façon dont l’interview de Catherine Schwaab est conduite amène Marek Halter à ne pas expliciter ce qu’il pourrait dire sur la situation actuelle en Pologne. Le lecteur de Paris-Match ne saura donc pas que depuis 1987, date à laquelle le critique littéraire Jan Błoński a publié, dans l’hebdomadaire catholique Tygodnik Powszechny , un commentaire de deux poèmes de Miłosz écrits pendant la guerre sous l’effet de l’émotion suscitée par la tragédie de l’Insurrection du ghetto de Varsovie en 1943, article intitulé de façon amère : « Les pauvres Polonais regardent le ghetto » , la Pologne est devenue un forum de débats et aussi un lieu de recherche historique scrupuleuse pour répondre le plus honnêtement possible à cette question qui préoccupe légitimement les juifs du monde entier : les Polonais ont-ils été « indifférents » ou « passifs » face au sort que l’occupant nazi a fait à la population juive de Pologne ? La possibilité de faire librement ces recherches ne s’étant ouverte qu’avec la chute du communisme en 1989, le travail est en cours et aucun historien polonais compétent ne considère actuellement que les historiens en ont fini avec l’exploration des archives pour répondre à toutes les questions que posent les descendants des Juifs de Pologne qui ne vivent pas en Pologne à l’heure actuelle (2).

Plus important encore, le lecteur ne saura pas que Marek Halter est intervenu dans ce débat polonais le 17 janvier 2009 à Lublin, à l’occasion de sa participation à la 12ème Journée du Judaïsme dans cette ville, la première qui ait eu l’initiative de ce type de manifestation œcuménique en Pologne. C’est bien regrettable, car Marek Halter a émis, dans l’interview de Paris-Match, des propos qui peuvent être compris comme une sorte de réquisitoire à l’encontre des Polonais.

Afin de comprendre comment Marek Halter est intervenu à Lublin, notons un fait qu’une journaliste qui interroge un écrivain ne devrait pas ignorer. Marek Halter a publié en France en 2008 un petit livre qui comporte un document historique: Le journal de Rutka, journal d’une adolescente juive de 14 ans rédigé pendant l’année 1943 , suivi de Les Juifs et la Pologne par Marek Halter, aux Editions Laffont. L’essai de Marek Halter est une sorte de manifeste adressé aux Polonais, dans lequel il exprime l’idée suivante: «Tout Polonais porte une part juive dans sa mémoire et rien ni personne ne peut le libérer de cette présence. Il manque toujours une confession collective, reconnaissance et regrets, de ce qui s’est passé, de ce que l’on a laissé faire, pour que la Pologne puisse affronter l’avenir sans cacher un chapitre de son histoire et sans le réécrire ».

En janvier 2009 à Lublin, l’idée de confession collective va beaucoup plus loin, car elle prend la forme d’une proposition que le Président de la République de Pologne dise : « Les Polonais ne tuaient pas les Juifs et le camp de concentration d’Auschwitz n’était pas le fait de notre invention. Les Juifs étaient nos frères et il est possible que nous n’ayons pas fait assez pour les aider pendant la période de l’Holocauste. » (voir le passage de l’interview de Marek Halter du 21 janvier 2009 traduit en Français par mes soins (1)).

Ce parcours à travers des propos tenus à des dates proches montre qu’il y a donc bien des sous-entendus désobligeants, voire faux, dans les propos que Marek Halter tient pour Paris-Match. Ils auraient mérité d’être clarifiés, car la proposition de déclaration de repentance prononcée par le Président de la République de Pologne – à propos d’une faute qui s’avère être possible et non pas certaine – a manifestement provoqué la protestation des personnes présentes à Lublin à l’occasion de cérémonies religieuses conduites par l’archevêque Życiński, qui a pris la parole juste avant Marek Halter. Pourquoi  cette réaction?

III. Un peu d’histoire

L’incompréhension de la part des Polonais qui étaient venus prier avec lui peut s’expliquer par le fait que, comme l’a dit Marek Halter lui-même en janvier 2009, il exigeait «  trop ». Afin d’éclairer certains aspects du problème, il est utile de signaler un texte de l’ethnologue Roland Baumann  publié en 2008 en Français: « La Pologne retrouve sa mémoire juive », qui est disponible sur Internet ICI et qui montre clairement qu’aucun représentant de l’état polonais après 1989 n’a envisagé la possibilité d’un acte de repentance au nom de l’ensemble de la société civile polonaise. Il y a eu deux actes de repentance, mais pour des fautes bien identifiées par les historiens, le massacre de Jedwabne en juillet 1941 d’une part et l’expulsion des Juifs en 1968 d’autre part .

Cette attitude de l’état polonais s’explique par le fait que la façon dont s’est déroulée l’extermination des Juifs de Pologne est une conséquence du fait que dans la période 1918-1939 où réapparait un état polonais indépendant, dans une communauté juive de plus de 3 millions de personnes, la partie la plus importante des Juifs de Pologne, de l’ordre de 80% d’entre eux, refusaient de s’assimiler et s’isolaient de la société polonaise. C’est un fait dont Marek Halter mentionne bien l’existence dans son essai daté de 2008, mais à propos duquel il ne développe guère la réflexion. Ainsi, il ne mentionne pas que la population juive de Pologne a revendiqué et obtenu, lors de la signature du Traité de Versailles qui reconnaissait la renaissance de la République de Pologne, le statut de minorité nationale dont la langue et les droits spécifiques devaient être protégés. Or ce statut a permis le développement d’écoles juives où l’enseignement était dispensé en Yiddish, en Hébreu, plus rarement en Polonais, mais aussi le maintien d’un très faible taux de scolarisation des enfants juifs dans les établissements scolaires fréquentés par les enfants polonais et aussi le maintien d’ écoles judaïques qui relevaient d’une forme d’enseignement archaïque.

Pourtant il est difficile d’ignorer un fait qui fut la cause principale des manifestations politiques d’antisémitisme évoquées par Marek Halter dans l’interview de Paris-Match et une source majeure de conflit entre deux personnages historiques qui ont joué un rôle important dans la renaissance de l’état polonais en 1918 : d’une part Roman Dmowski, fondateur du parti politique « Démocratie Nationale » et représentant de la Pologne au Congrès de Versailles, qui revendiquait de façon quelque peu irréaliste l’assimilation de toutes les minorités nationales vivant sur le territoire de l’état polonais en cours de formation et entretenait une attitude de méfiance, voire d’hostilité, à l’égard de la minorité juive en raison de son statut particulier de minorité linguistique et/ou religieuse sans territoire propre, et d’autre part Józef Piłsudski (3), artisan de la renaissance de l’état polonais par le combat militaire, qui était beaucoup plus tolérant envers les revendications de séparatisme culturel des milieux juifs traditionalistes ou sionistes, au nom de la tradition de tolérance religieuse de la République multiethnique de la fin du 18ème siècle et d’un idéal de République de Pologne qui serait une nouvelle fédération de nations.

Les sources bibliographiques que Marek Halter cite dans son essai de 2008, dont l’excellent ouvrage du sociologue Aleksander Hertz, Żydzi w kulturze polskiej, montrent que, bien qu’il maîtrise parfaitement la langue polonaise, il ignore aussi les multiples travaux de recherche et les textes autobiographiques qui ont été publiés en Pologne depuis 1989. Or ces publications complètent l’analyse de Aleksander Hertz sur la façon dont se présentaient les relations entre Juifs et Polonais avant 1939 et montrent que seuls les Juifs assimilés ou en cours d’assimilation, c’est-à-dire maîtrisant relativement bien la langue polonaise (soit moins de 20% des quelque 3 millions de Juifs de Pologne), dont la famille de Marek Halter par exemple, étaient insérés dans un réseau social dans lequel la présence de Polonais était plus ou moins acceptée.

La très faible ouverture aux relations avec les Polonais a eu de lourdes conséquences au moment de l’invasion nazie: les leaders politiques juifs les plus représentatifs de la grande masse des Juifs de Pologne – un parti comme le Bund qui avait des liens de longue date avec les socialistes polonais était un cas d’exception (4) - se sont organisés en « Judenrats » qui négociaient avec l’occupant et n’avaient pas de contacts avec les leaders politiques polonais qui, de leur côté, faisaient l’effort de surmonter leurs antagonismes antérieurs pour s’organiser en réseaux de résistance contre l’occupant. Pourtant représentants politiques juifs et polonais se connaissaient, ne serait-ce que par le fait que, jusqu’au 1er septembre 1939, ils siégeaient ensemble au Parlement ou dans les Conseils municipaux de nombreuses villes ou bourgades dans lesquelles la population juive constituait 30% ou plus des habitants. Il est évident que l’occupant nazi a exploité habilement cette situation de non-communication entre Juifs et Polonais – dont on ne peut rendre responsables les seuls Polonais sans commettre une grave injustice – pour enfermer complètement les Juifs et les mettre à sa merci.

La suite des temps de la guerre a été plus cruelle pour les Juifs que pour les Polonais, certes, mais les Polonais ne furent pas gâtés par le sort non plus (pour rappel des faits historiques: près de 2,5 millions de victimes, pour une population qui ne comptait que 22 millions de Polonais en 1939, et pratique de l’exécution publique à l’égard des Polonais qui aidaient les Juifs qui avaient fui les ghettos dans lesquels l’occupant nazi les avait enfermés). Néanmoins, si on rapporte 80 000 survivants (5) cachés par les Polonais à ces 22 millions de Polonais, qui étaient forts nombreux à vivre leurs propres tragédies de déportations par l’un ou l’autre des deux occupants de 1939 ou d’absence de ressources pour les femmes en charge d’enfants dont les maris étaient partis à la guerre en 1939 et n’étaient pas revenus, il apparaît que, malgré la pénurie due à une politique d’exploitation systématique du potentiel de production agricole au profit de l’occupant, la proportion de Polonais qui a essayé d’aider les Juifs n’a pas été moindre que la proportion de Français qui les a aidés. Or les conditions de terreur exercée par l’occupant étaient autrement plus lourdes en Pologne qu’en France, du fait d’un contrôle du territoire polonais par une présence policière allemande parfois quinze fois plus importante qu’en France (6).

Sans entrer dans la description de la martyrologie polonaise pour fait d’aide aux Juifs, il suffit de noter plus simplement, pour rendre compte de ce que les Polonais ont vécu, que bien des récits familiaux, dans des familles polonaises très ordinaires qui vivaient à la campagne pendant la guerre, comportent des épisodes mentionnant qu’on envoyait les enfants porter de la nourriture à une famille juive qui se cachait ou évoquant les contrôles de tel ou tel village par la police allemande qui recherchait les Juifs cachés. Ces récits polonais sont confirmés par les récits de survivants juifs qui, pour des raisons qu’il n’est pas bien difficile de comprendre, sont plus sensibles aux refus d’aide, aux marques d’hostilité de la part des Polonais qu’ils sollicitaient ou à la peur des dénonciateurs et des maître-chanteurs.

Notons aussi que, dans son essai de 2008, Marek Halter montre qu’il ignore également l’existence de quantité de travaux historiques publiés après 1989 qui étudient la façon dont se sont comportés les Polonais à l’égard des Juifs pendant la guerre, tout comme il n’y mentionne pas les multiples institutions qui développent des programmes pédagogiques à destination de la jeunesse polonaise. L’ouvrage de Jean-Yves Potel : La fin de l’innocence : la Pologne face à son passé juif, (Editions Autrement, 2009) et le volume Juifs et Polonais 1939-2008 sous la direction de Jean-Charles Szurek et Annette Wieviorka publié chez Albin Michel en 2009 sonnent donc comme un démenti aux reproches de ne pas se pencher sur leur passé que Marek Halter adresse aux Polonais.

Conclusions

Le reproche de Marek Halter selon lequel les Polonais ne veulent pas se pencher sur leur passé semble avoir été prononcé à la légère. Espérons que son séjour en Pologne en 2009 a été pour lui l’occasion de mettre à jour ses connaissances sur les progrès de la recherche historique en Pologne, car son petit essai de 2008 montre qu’il en avait vraiment besoin !

Quant au second reproche que Marek Halter inscrit en filigrane dans l’interview de Paris-Match, il nous ramène au débat sur la « passivité » ou l’ « indifférence » des Polonais face à la tragédie vécue par les Juifs pendant la guerre. Ce débat ayant été suscité en 1987 par l’article de Jan Błoński (7), voyons-en les résultats en matière de recherche historique. L’influence pernicieuse de l’idéologie du parti de Roman Dmowski sur les consciences polonaises ainsi que l’existence d’une littérature haineuse envers les Juifs qui existait avant la guerre a été beaucoup étudiée. Mais dans la mesure où ce parti n’a jamais obtenu de majorité parlementaire dans la période de 1918 à 1939 et n’a pas eu non plus de voix majoritaire ni dans la Résistance sur le territoire polonais, ni dans le Gouvernement Polonais de Londres, cela n’explique pas tous les problèmes des relations difficiles entre Polonais et Juifs dans la période 1918-1939 et pendant l’occupation nazie.

En réalité, la question est loin d’être aussi simple que ne le  supposent bien des gens qui pensent  avoir tout expliqué en posant l’équation « nationaliste  polonais » ou « catholique polonais » = « antisémite » . Car le vrai problème de la Pologne dans la période 1918-1939 était un problème économique dans un pays d’économie essentiellement rurale  et un problème de répartition démographique des diverses minorités nationales. Du côté des populations polonaises et ukrainiennes ou biélorusses : cinq millions de personnes dites « excédentaires » dans les campagnes, c’est-à-dire condamnées à y mourir sinon de faim, au moins des maladies dues à la sous-alimentation, à moins de trouver un travail à la ville ou émigrer, ce qui d’ailleurs ne veut pas dire que les paysans qui avaient un peu de terres vivaient dans l’aisance, car la moitié d’entre eux arrivaient tout juste à vivre, au prix d’un travail harassant (8). La situation n’était guère plus brillante dans la communauté juive. Concentrée de façon écrasante sur les territoires qui avaient été gouvernés par la Russie et l’Autriche-Hongrie au 19ème siècle, dans les villes et dans les petites bourgades qui étaient des lieux de marché pour les paysans des alentours, elle constituait 30% – souvent beaucoup plus – de la population urbaine et comptait un million de personnes vivant dans une grande pauvreté, ce qui explique un comportement de repli sur soi extrêmement défensif face aux autres nationalités. Les préjugés religieux aggravaient les conflits d’intérêts économiques d’autant plus facilement qu’une grande partie de la communauté juive de Pologne se caractérisait par des pratiques religieuses très rigoureuses qui avaient pour effet d’interdire le contact humain avec les goys au-delà des relations purement commerciales, car elles empêchaient que les Juifs, quoique voisins des Polonais dans les villes et dans les bourgades, puissent partager le repas d’un chrétien, même quand il n’y avait pas d’obstacle linguistique à la communication (9). Qui pouvait aider qui, dans ces conditions de misère qui existaient tout autant chez les Juifs que chez les Polonais et ces conditions d’antagonismes culturels que l’occupation nazie n’a pas changées et qu’elle a surtout cherché à renforcer?

Néanmoins, la bienveillance de Marek Halter à l’égard des Polonais n’a pas à être mise en doute, même si elle prend parfois des formes bien maladroites. Car entre les propos qu’il a réellement prononcés devant l’auditoire polonais de Lublin, qui sont relatés par l’agence catholique KAI dans un article daté du 19 janvier 2009 (voir document joint ICI) et la façon dont Marek Halter les reformule dans un entretien avec un journaliste de la même agence le 21 janvier (1) ou pour l’Ambassade de France à Varsovie ensuite, il y a de telles nuances qu’il y a tout lieu de penser qu’il a vraiment compris qu’il était allé trop loin. D’interview en interview, plus les jours passent, plus il atténue le sens de la proposition que le Président de la République de Pologne fasse un geste politique de repentance à la Willy Brandt devant le monument des combattants de l’Insurrection du ghetto de Varsovie ou à la Jacques Chirac reconnaissant la responsabilité de l’état français dans la déportation des juifs de France (10). Attitude qui relève de l’art de battre intelligemment en retraite, après avoir commis l’erreur de défendre une mauvaise cause, celle qui consiste à se faire le porte-parole du ressentiment des descendants des Juifs de Pologne à l’égard des Polonais, sans avoir fait l’analyse des sources de conflit dans les relations entre Juifs et Polonais. Car, faute d’un effort de connaissance des vraies causes de l’atmosphère d’hostilité aux Juifs dans la période 1918 -1939 dont les Juifs se plaignent tant, les Juifs continueront à se plaindre des Polonais et les Polonais continueront à penser que les Juifs sont de mauvaise foi à leur égard (11).

La responsabilité du ton déplaisant de cet entretien incombe à la journaliste de Paris-Match qui manifeste un goût prononcé pour les clichés sur le mythique « antisémitisme polonais » dans ses questions. Catherine Schwaab pose à Marek Halter une question inepte sur le plan des faits historiques. Ce dernier répond en cherchant à réorienter le sens de la question. Mais faute de développer ce qu’il aurait à dire, il est tellement allusif qu’il en arrive à une formule de conclusion qui semble satisfaire les préjugés de la journaliste, puisqu’elle ne demande pas de préciser le sens de cette conclusion à tonalité pour le moins méprisante: « Les Polonais ne s’en sortiront jamais ». Et pourtant, il s’avère que cette phrase nécessitait des élucidations que Marek Halter est tout à fait capable de formuler sur un ton qui permet de continuer le dialogue entre Polonais et Juifs qui s’est établi ces dernières années.

Les clichés et les préjugés, qui semblent constituer l’essentiel de ses connaissances sur les Juifs et la Pologne, dispensent Catherine Schwaab de faire un effort pour s’informer sur l’histoire réelle de la société polonaise passée et présente. Si il y a 20 ans, cela paraissait excusable, tant l’information circulait très difficilement en raison de la censure imposée par le régime communiste sur la question juive en Pologne, ce type d’ignorance n’a plus d’excuses à l’heure actuelle ! En l’absence de connaissances permettant de poser des questions pertinentes, la journaliste aurait donc du se dispenser d’aborder le sujet des relations de Marek Halter avec son pays natal. Car l’effet produit sur les lecteurs de Paris-Match est immanquable : ils n’apprennent rien en lisant le passage de l’entretien consacré à la Pologne et sont incités à cultiver des représentations vagues qui, au nom d’une légitime dénonciation de l’antisémitisme, se transforment en polonophobie.

Barbara Miechowka

Notes

Note 1. Interview de Marek Halter par l’agence KAI daté du 21/01/2009

KAI : A Lublin vous avez proposé que la Journée du Judaïsme soit aussi une journée de repentance envers le fait que les Polonais n’ont pas fait tout ce qu’ils pouvaient faire pour sauver les Juifs pendant la guerre et que le Président en personne fasse ce geste de repentance. Beaucoup de gens ont émis des réserves envers cette proposition. Voyez-vous des signes d’antisémitisme dans ces réserves ? Avez-vous rencontré en Pologne des attitudes antisémites ?

- Pas dans le clergé. En revanche nous rencontrons encore des signes d’antisémitisme en Pologne comme en France. On ne peut pas dire que ce soit propre à la Pologne. Ce serait injuste. J’ai rencontré des attitudes d’incompréhension pendant mon séjour à Lublin. Une grande foule est venue à la prière commune des juifs et des chrétiens. L’archevêque Życiński a parlé le premier. Puis c’est moi qui ai pris la parole. J’ai présenté une brève synthèse de l’histoire des Juifs en Pologne depuis Mieszko I jusqu’à l’époque contemporaine. J’ai souligné que, pendant qu’en Europe on tuait les Juifs, la Pologne était le pays où ils pouvaient vivre en paix. Les Juifs appelaient la Pologne « Polin » – « ici tu te reposeras ». Et même plus – la Pologne était pour les Juifs « Canaan » – la Terre Promise. Ensuite j’ai expliqué les sources de l’antisémitisme qui avait des fondements à la fois religieux et économiques.

J’ai dit qu’au cours de l’histoire les Juifs et les Polonais ont partagé un destin commun. Les Juifs ont été pendant des siècles des citoyens de Pologne et c’est pour cette raison que j’ai proposé que le Président de la Pologne puisse dire un jour : « Les Polonais ne tuaient pas les Juifs et le camp de concentration d’Auschwitz n’a pas été le fait de notre invention. Les Juifs étaient nos frères et il est possible que nous n’ayons pas fait assez pour les aider pendant la période de l’Holocauste ». Après ces mots, le silence s’est emparé de la salle. Puis un homme est quand même venu à a tribune et a dit : « Vous dites que les Polonais auraient du apporter plus d’aide aux Juifs, mais pourquoi pas les Allemands, pourquoi pas les Russes ? Il y a eu aussi des Juifs qui livraient les Polonais au NKVD » etc. C’est alors que la salle a explosé en applaudissements tonitruants. Je me suis rendu compte que ces applaudissements n’étaient pas destinés à la personne qui a posé la question, mais étaient destinés à me montrer que j’exigeais trop. C’est un moment qui m’a profondément affecté.

KAI : N’avez-vous pas l’impression que l’antisémitisme polonais est plutôt virtuel : c’est un « antisémitisme sans Juifs » ?

- L’antisémitisme est fortement enraciné dans la culture de nombreux pays, c’est pourquoi il faut travailler avec les nouvelles générations pour qu’il disparaisse. Par exemple on raconte en Pologne des blagues sur les Juifs, alors qu’il n’y a plus de Juifs en Pologne depuis longtemps. Je répète : on n’aime pas les gens qui suscitent des remords. Je suis venu en Pologne et j’ai dit entre autres : Ma famille est venue ici au 16èmeC’est pour cette raison que l’on a pu avoir ce genre de réaction ? Un des facteurs importants de l’antisémitisme est l’auto-défense. C’est pourquoi je pense qu’une déclaration de ce genre du Président serait très importante et que, pour connaître l’histoire des Juifs polonais, le journal d’une jeune Polonaise d’origine juive de Będzin, Rutka Laskier, devrait devenir en Pologne un texte inscrit dans les programmes scolaires. Tout comme en Europe on lit le Journal d’Anne Frank. siècle, pendant le règne de Sigismond le Vieux. Elle a fondé la première imprimerie juive en Pologne et pendant des générations elle a été une famille polonaise. Certains commencent à se demander pourquoi ce nouveau venu dit qu’il est un des nôtres ? Ils ne veulent pas admettre que, en tant que Juif polonais, j’ai le droit de demander : pourquoi n’avez pas fait assez pour les Juifs-Polonais qui ont disparu ici ?

Note 2. Tout de suite après la guerre, la Pologne a connu une période pendant laquelle il y a eu de nombreuses publications de témoignages des Juifs survivants (dont le livre de Władysław Szpilman Le pianiste est désormais un exemple illustre) et de nombreux procès intentés aux Polonais qui avaient eu des comportements coupables pendant la guerre. Mais quand Staline a pris la décision de soutenir les pays arabes dans leur conflit avec le nouvel état d’Israël, la Pologne ainsi que tous les états européens devenus vassaux de Moscou après 1945 se sont vu interdire tout comportement pouvant susciter la compassion à l’égard des Juifs. Vers 1950, la chape de plomb de la censure a obligé à ranger au fond des tiroirs tous les documents qui auraient permis d’évaluer comment se sont comportés des êtres humains ordinaires qui n’avaient jamais exercé de responsabilités politiques avant 1939 et qui n’étaient guidés que par la seule boussole de la morale individuelle que les très dures conditions de la guerre ont inévitablement fragilisée.  De 1956 à 1968, la Pologne ayant bénéficié d’une petite marge de liberté qui a permis de reprendre des travaux inachevés, il y a eu une nouvelle vague de publications encadrées par les limites imposées par la censure. Mais la Guerre des 6 Jours a servi de prétexte au Général Moczar, leader de la fraction nationaliste du PC polonais, pour faire des purges dans l’armée, puis pour orchestrer une campagne de condamnation de la révolte étudiante de Mars 1968, en la faisant passer pour un complot « sioniste ». Cela lui a permis d’obtenir le licenciement de bon nombre de cadres pour placer ses partisans à des postes importants et d’obtenir un nouveau raidissement du pouvoir communiste dont le symptôme visible en Occident a été l’expulsion des Juifs de Pologne après mars 1968 et, à nouveau, l’interdiction de la recherche historique concernant le sort des Juifs de Pologne pendant la guerre. Ce n’est donc que de façon clandestine à partir des années 1980, puis de façon officielle après 1989, que les Polonais ont pu reprendre l’examen de leurs archives pour pouvoir faire un bilan aussi exact que possible sur la façon dont la société polonaise s’est comportée pendant la période où l’extermination systématique des Juifs a été mise en œuvre par les Nazis.

Note 3.  Il semble nécessaire de préciser en quoi consiste la différence politique de taille entre Dmowski et Pilsudski, car dans son essai « Les Juifs et la Pologne« , Marek Halter écrit: « Le Maréchal Pilsudski, quoiqu’à la tête du parti nationaliste, protège les Juifs »!

Note 4. Notons les liens qui existaient de puis le début des années 1930 entre le mouvement des scouts polonais et le mouvement scout sioniste Hashomer Hatsaïr. Voir à ce sujet la monographie de Larissa Cain, Irena Adamowicz / Une Juste des Nations, Editions du Cerf, 2009. Il est dommage que  l’auteur, une survivante du ghetto de Varsovie qui a vécu en France après la guerre  et qui est peu familière avec les nuances de l’histoire polonaise, n’ait pas compris que la  démarche d’Irena Adamowicz qui consiste à entrer en relation avec un mouvement scout juif dès 1931 n’était pas une démarche purement individuelle, mais qu’elle s’inscrivait dans la politique du mouvement scout polonais, dirigé par des pilsudskistes notoires qui cherchaient à établir des relations avec les mouvements scouts de toutes les minorités nationales de la République de Pologne. Parmi les partis politiques polonais qui  avaient de bons contacts avec les Juifs  dès avant la guerre, notons également le jeune Parti Démocrate né en 1938.

Note 5. Aux 80 000 survivants qui ont survécu sur le territoire polonais, il faut ajouter 300 000 survivants qui ont survécu grâce au fait qu’ils avaient fui l’invasion nazie en se réfugiant en URSS. Le choix du refuge en URSS n’était pas nécessairement lié à leurs sympathies pour le communisme, car, dans bien des cas, la décision a été l’effet d’une juste appréciation du danger que représentait le nazisme pour toute personne de confession judaïque. Mais il faut noter que ces survivants faisaient partie des 20% de Juifs qui avaient une assez bonne connaissance de la langue polonaise et pouvaient être lecteurs du seul quotidien juif en langue polonaise Nasz przegląd, dans lequel le journaliste Bernard Singer avait publié des reportages très intéressants sur la situation des Juifs en Allemagne et en URSS, après l’arrivée d’Hitler au pouvoir.

Note 6. Teresa Prekerowa, Żegota / Commission d’aide aux Juifs, Traduction et préface de Marian Apfelbaum, Editions du Rocher, 1999, pages 283 à 287.

Note 7. Précisons que l’article de Błoński rendait compte des questions auxquelles il avait été confronté au cours de ses séjours en Europe de l’Ouest dans les années 1970-1980. Il y disait qu’aucun des arguments déjà explorés par les Polonais ne persuadait les Juifs qui demandent aux Polonais de s’expliquer et que les Polonais devaient rendre compte d’une souillure irrémédiable de leur terre par le sang versé, dont Miłosz parlait dans un des deux poèmes inspirés par l’insurrection du ghetto de Varsovie.

Note 8. Voir article de Barbara Miechowka sur le site www.communute-franco-polonaise.org à la rubrique « Les conférences de la CFP » ( cycle 2006) : « Les paysans polonais au cours du 20ème siècle : aspects politiques et sociaux des évolutions », à lire ICI en PDF.

Note 9. Cette situation a été déjà décrite par l’historien pilsudkiste Władysław Pobóg-Malinowski dans Najnowsza historia polityczna Polski (Tom II), Editions B. Świderski, Londres, deuxième édition en 1967, pages 805 à 821. Notons que dans l’ouvrage Juifs en Pologne (Presses de la Fondation Nationale des Sciences politiques, 1980) qui, en l’absence de nouvelle publication, fait toujours autorité en France, Pawel Korzec écarte la pertinence de cet ouvrage, au motif que les quelques passages du livre de Pobóg-Malinowski traitant des Juifs « manquent d’objectivité scientifique ». Mais il ne précise pas ce que sont les critères de l’objectivité scientifique à ses yeux. C’est bien dommage, car telles étaient les statistiques dont disposait le gouvernement polonais, quand à partir de 1936, à la suite d’une  violente émeute anti-juive provoquée par le parti nationaliste dans la bourgade de Przytyk  mais aussi de grèves du parti paysan qui, de son côté, revendiquait une amélioration du niveau de vie des paysans en bloquant les routes,  il  a   cherché à explorer les solutions qui permettraient d’ouvrir à nouveau des possibilités d’émigration pour les Juifs, alors que l’émigration des paysans polonais, à cette date, restait possible en direction de l’Amérique du Sud.

Note 10. Le parallèle avec la déclaration de Jacques Chirac a ceci d’incongru que le Gouvernement Polonais en exil à Londres, en liaison avec l’AK (organisation de résistance militaire) et l’état polonais clandestin qui s’était réorganisé en Pologne occupée, a fait le nécessaire pour informer les Alliés de la politique d’extermination des Juifs polonais dès que celle-ci a commencé (mission de JAN KARSKI ) et pour organiser l’aide aux Juifs de Pologne (organisation ŻEGOTA). La nouvelle génération des historiens polonais qui étudie la situation des Juifs polonais pendant la guerre reproche au Gouvernement Polonais de Londres d’avoir apporté une aide insuffisante : environ 10% des sommes destinées à l’aide sociale sur le territoire polonais, ce qui correspond au pourcentage de population juive en Pologne avant 1939 ( voir article de Dariusz Libionka dans le volume Juifs et Polonais 1939-2008, sous la direction de Jean-Charles Szurek et Annette Wieviorka, pages 61 à 78). Encore faudrait-il être conscient du fait que l’argent envoyé à l’organisation Żegota par le gouvernement polonais de Londres lui venait des sommes qui lui étaient allouées par le gouvernement anglais, sous forme d’avance remboursable quand les réserves d’or de la Banque de Pologne seraient retrouvées. Ces réserves d’or de la Banque de Pologne avaient été évacuées vers la France en 1939, s’étaient évaporées à Lorient en juin 1940 dans la tourmente des accords passés entre Hitler et Pétain et avaient été immobilisées à Dakar. Elles ont pu être récupérées et mises à l’abri aux Etats-Unis en avril 1944. Le Gouvernement Polonais de Londres ne disposait donc que d’une très faible marge d’initiative et l’ampleur de l’aide envoyée aux Juifs de Pologne dépendait essentiellement de la volonté politique de Churchill et Roosevelt.

Note 11. Il a fallu attendre près de 25 ans pour que les Français découvrent, grâce à la curiosité intellectuelle d’un romancier français qui abordait la question sans préjugés,  que les Polonais n’étaient pas tous des nationalistes catholiques antisémites et qui était ce Jan Karski dont Claude Lanzmann avait tronqué le témoignage, malgré la convention par laquelle Karski avait accepté de témoigner pour lui, tout en gratifiant le spectateur de Shoah de quelques séquences qui n’apportaient rien au vrai sujet du film, mais avaient la fonction utile de charger les Polonais au passage. Mais Claude Lanzmann n’est pas le seul à présenter une vision biaisée des Polonais. Car dans aucun des livres d’histoire sur les Juifs de Pologne écrits par des auteurs juifs en langue française, il n’y a d’analyse de l’ensemble des problèmes économiques et démographiques qui se posaient dans la période 1918-1939. Or c’est l’interaction des intérêts vitaux de deux groupes humains de culture différente, vivant sur le même territoire en étrangers l’un pour l’autre, qu’il faudrait étudier, si on veut comprendre pourquoi les nazis ont pu réaliser leur projet d’extermination dans des proportions aussi impressionnantes et comprendre également les causes de l’hostilité à laquelle ont été confrontés les survivants lors de leur retour d’URSS.

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