Histoire de la CFP

L’histoire de l’association a été marquée aussi bien par la personnalité de ses présidents successifs que par les grands évènements de l’histoire de l’Europe.

Jerzy Jankowski : président- fondateur (1976 -1978)

Né en Pologne en 1912, ses façons de penser et de s’engager sont caractéristiques d’une génération marquée par l’événement capital qu’est la reconstitution d’un état polonais souverain, après plus d’un siècle de partages entre Prusse, Russie et Autriche-Hongrie. Avant la deuxième guerre mondiale, il envisageait une carrière dans la diplomatie, au service de la Deuxième République de Pologne et travaillait pour l’association Swiatpol. Cette association, soutenue par l’état polonais, s’occupait du maintien du lien culturel entre la Pologne et les émigrés partis à la recherche d’un travail un peu partout dans le monde, le plus souvent avec l’espoir de revenir sur la terre natale, dès que la situation économique polonaise se serait améliorée.

Le déclenchement de la deuxième guerre mondiale en septembre 1939, l’occupation de la Pologne par l’Allemagne à l’ouest et par l’URSS à l’est amènent Jerzy Jankowski en France. Il s’engage dans la Résistance sur le territoire français. L’issue de la guerre qui met la Pologne sous la dépendance de Moscou l’amène à exclure un retour en Pologne, tout comme d’ailleurs l’excluent la plupart des émigrés économiques de la période de l’entre-deux-guerres, malgré un intense travail de propagande de la part du gouvernement communiste qui s’installait en Pologne.

Au sortir de la guerre, Jankowski entame en France une carrière de journaliste : il est correspondant de Radio Free Europe. Un séjour aux Etats-Unis en 1950 l’amène à mesurer le poids politique du Congrès de la Polonia, association qui représente la communauté polonaise qui vit en Amérique. D’où l’idée de créer en France, où vivent environ 600 mille Polonais, un groupement qui aurait un rôle de lobby analogue au phénomène américain, idée fort neuve à cette époque en France.

La première structure qu’il crée en 1953 est le Comité électoral des Polonais naturalisés auquel il donne le rôle de peser dans la durée, d’encadrer et de lutter contre les influences communistes au sein de la diaspora polonaise. Les foyers d’activité sont alors le Nord de la France, la Lorraine, ainsi que la région de Clermont-Ferrand. Le Comité électoral incite les Polonais à prendre la nationalité française, à participer aux élections locales et nationales, en se présentant eux-mêmes comme candidats dans une perspective à plus long terme, en excluant les votes pour les partis qu’il qualifiait de « partis-voyoux », c’est-à-dire le parti communiste et les partis nationalistes.

Une nouvelle étape est la création de la Communauté Franco-Polonaise en 1976, conçue alors comme une association d’élite couvrant tout le territoire de la France. Le but en est la défense des intérêts politiques, sociaux et culturels des citoyens français de souche polonaise.

Convaincu que l’issue de la deuxième guerre mondiale avait créé pour la Pologne une situation qui ne durera pas et favorable à l’unité de l’Europe, Jerzy Jankowski  s’engage  dans le mouvement fédéraliste  dès la fin de la deuxième guerre mondiale. Il devient membre du Comité Directeur de « La Fédération ». Il y expose inlassablement l’idée que la place naturelle de la Pologne et de tous les états qui, après 1945, subissent la domination  de l’URSS  est d’entrer dans une fédération européenne à construire. Il expose également ses vues dans la revue bilingue qu’il avait créée: « Polska w Europie – la Pologne en Europe » . Soucieux du développement de l’enseignement du Polonais en France, il arrive à convaincre le gouvernement de Raymond Barre de l’intérêt de créer une agrégation de Polonais.

La fatigue et le souci de donner une perspective d’avenir à la Communauté Franco-Polonaise l’amènent à se retirer de la CFP en 1978, en cédant la place à une génération plus jeune. Il meurt en 1982.

Pour plus d’informations  sur  les activités de Jerzy Jankowski, lire le résumé d’une conférence à la Bibliothèque Polonaise de Paris du 20 juin 2009, qui a été consacrée au Comité électoral des Polonais naturalisés  ICI

Henri Adamczewski : créateur des universités de la CFP (1978-1984)

C’’est un brillant représentant de la 2ème génération de l’immigration polonaise dans le Nord de la France. Dans son enfance, il acquiert une parfaite maîtrise de la langue polonaise grâce à la lecture du quotidien polonais « Narodowiec », qui aiguise son appétit de connaître l’histoire et la culture de la patrie de ses parents. En 1978, Henri Adamczewski est professeur de linguistique anglaise à l’université de Paris III.

Dès son arrivée dans la fonction de président d’une association récente, il propose la création d’une université d’été, qu’il voulait ouvrir à la génération des jeunes de province, enfants de l’immigration. Il est très activement soutenu dans cette entreprise par quelques enthousiastes de la SHLP, parmi lesquels il faut citer au premier rang Jerzy Mond, à l’époque secrétaire général de la SHLP. Les premières universités se déroulaient sur toute une semaine et proposaient des conférences en Français et en Polonais. Un des enjeux de cette époque était de faire entendre en langue française la voix de l’opposition au communisme en Pologne, qui proposait une compréhension de l’histoire de la Pologne, actuellement acceptée par les universitaires de Pologne, mais qui à l’époque ne pouvait pas l’être. Cette voix s’exprimait notamment dans la revue « Kultura » et dans « Zeszyty Historyczne », rédigés en polonais, publiés en France par Jerzy Giedroyc , lus partout dans le monde mais clandestinement en Pologne. Le second souci de Henri Adamczewski était que les universités soient des manifestations bilingues.

Cette période de la Communauté Franco-Polonaise est marquée par de grands ébranlements préfigurateurs de l’avenir : l’élection d’un pape polonais Jean-Paul II, la naissance de Solidarnosc en Pologne, mais aussi la loi martiale en décembre 1981 qui réprime le mouvement. Elle vaut à la CFP d’intenses activités de représentation de la voix polonaise auprès du gouvernement et de la société française, de soutien aux militants de Solidarnosc, d’accueil d’une nouvelle vague d’émigration polonaise, d’organisation de l’aide humanitaire envoyée en Pologne.

La dispersion des efforts creuse les incompréhensions entre des personnes de formation différente : d’une part Polonais arrivés en France en raison de la deuxième guerre mondiale ou de ses conséquences, qui ne comprennent pas que le projet ambitieux de la CFP exige une base de membres plus solide et que la première tache est de développer la base créée par Jankowski, d’autre part enfants de l’émigration polonaise nés sur le territoire français, plus conscients de la grande originalité du projet, par rapport aux mœurs politiques françaises de l’époque. Ces incompréhensions amènent Henri Adamczewski à se retirer, alors qu’il est dans la force de l’âge créateur, et à se consacrer entièrement à une carrière universitaire particulièrement fructueuse. Henri Adamczewski est décédé en décembre 2005.

Leszek Talko : fidèle continuateur (1984-2003)

Né en 1916 en Pologne, il faisait des études de droit à l’université de Varsovie quand éclate la guerre. Il rejoint l’armée polonaise en France en janvier 1940, et à partir de juin 1940, il participe à la Résistance, puis, après son passage en Angleterre, combat dans la 1ère division blindée du général Maczek qui participe à la libération de la France, de la Belgique et de la Hollande. Il reprend ensuite des études de sciences politiques et de journalisme à l’Université Libre de Bruxelles et à Oxford. Lui aussi n’envisage pas le retour dans une Pologne stalinisée. Sa carrière de journaliste sera consacrée à la cause polonaise, comme rédacteur en chef de la revue du parti socialiste d’émigration « Robotnik », puis comme journaliste de l’organisation des Syndicats libres polonais soutenue par Force Ouvrière, enfin de 1969 à la retraite à la section polonaise de Radio France Internationale, dont il deviendra rédacteur en chef. Il participe tout naturellement à la délégation de Force Ouvrière au premier congrès de Solidarnosc à Gdansk.

Le temps de la retraite sera consacré à la SHLP dont il devient président en 1994 et à la Bibliothèque Polonaise de Paris. Il est consacré également à la CFP de façon ininterrompue.

Le fait que Leszek Talko partageait avec les fondateurs de l’association l’expérience commune d’une jeunesse en Pologne avant 1939 permettait une meilleure entente avec eux, mais n’a pas résolu le problème que Henri Adamczewski avait perçu dès son entrée en fonction.

En effet, en consultant les archives de la CFP, on constate que pendant une dizaine d’années, les assemblées générales étaient l’occasion de rencontres entre représentants venant de toutes les régions de la France, que l’on y relatait les activités locales. On ne perdait jamais de vue les contacts avec les partis politiques, les rencontres avec le mouvement fédéraliste européen. Mais le phénomène s’érode progressivement, au fur et à mesure du vieillissement des porteurs du projet initial, à partir du milieu des années 1990.

Une constante restait : l’organisation des universités dont Leszek Talko avait repris le flambeau en 1986, mais qui étaient devenues un événement purement parisien.

En 2001, Leszek Talko, tout à fait conscient que l’association dépérissait, demande qu’elle soit représentée au Carrefour de Rochefort par le vice-président Christophe Jussac, homme de la génération née en France, après la deuxième guerre mondiale, avec lequel il était lié par l’appartenance au mouvement syndical, leur engagement commun aux côtés de Solidarnosc ainsi que dans la « Fédération », mouvement fédéraliste français. Mais il disparaît en 2003, alors que le processus de regroupement des associations polonaises était en cours.

Bilan de trente années de vie de l’association

La disparition de Leszek Talko plaçait son successeur Christophe Jussac dans une situation délicate. En effet l’association ne comptait plus que des membres de la région parisienne dont les motivations étaient hétérogènes, et parmi lesquels il y avait des personnes qui avaient totalement perdu de vue le projet politique initial. De plus, la perspective de l’entrée de la Pologne dans l’Union Européenne rendait caducs une partie des motifs qui étaient à l’origine de la fondation de l’association. Cela amène Christophe Jussac, en janvier 2004, à soumettre au vote de l’assemblée générale une refonte des statuts :

- qui réaffirment les buts culturels et les buts politiques de l’association, notamment son engagement pro-européen,

- qui tiennent compte de l’hétérogénéité des motivations des membres

- qui donnent la possibilité à l’association d’adhérer .à des groupements ou organismes poursuivant des buts similaires.

Une deuxième étape est franchie en juin 2006 où l’assemblée générale se prononce de façon positive sur la proposition d’adhésion de la CFP au regroupement d’associations dénommé Conseil de la Polonia de France. Puis en décembre 2007, La Communauté Franco-Polonaise a participé à la décision de fusion du Conseil de la Polonia de France avec la Maison de la Polonia en une association qui a pris le nom de Maison de la Polonia de France.

Ainsi, c’est dans une structure de type nouveau, différente de la structure conçue par nos prédécesseurs, que la Communauté Franco-Polonaise retrouve le lien avec la Polonia des diverses régions de France, qui était au cœur des préoccupations des prédécesseurs. Cette structure crée des conditions qui rendent possibles un nouvel essor de l’association et de déployer sa vocation pro-européenne.

WordPress theme: Kippis 1.12